Go Fusion : et si l’IA responsable devenait un sujet RSE ?

Oudavone Surot, fondatrice Go Fusion, application à impact écologique

Article mis à jour le 14/07/26

La formation RSE en entreprise souffre d'un paradoxe : tout le monde s'accorde sur son importance, mais peu de collaborateurs s'y engagent vraiment. Le même paradoxe touche aujourd'hui l'IA. Les entreprises et les collectivités déploient des outils à toute vitesse, mais sans former ni embarquer les équipes. Or déployer de l'IA sans adoption, ce n'est pas seulement inefficace : c'est de l'IA irresponsable.

Oudavone Surot, fondatrice d'Agents Fusion et Go Fusion, a fait de cette conviction le cœur de son projet. Deux marques, une seule logique. Avec Agents Fusion, elle crée des agents IA métiers responsables et souverains : modèles français Mistral, hébergement en France, installation en local possible. Avec Go Fusion, elle forme les équipes à les piloter, façon Duolingo, sur toutes les thématiques de l'organisation : RSE, IA, cybersécurité et bien d'autres. Une approche déjà adoptée par des grands comptes comme le Crédit Agricole Île-de-France ou Inéo/Equans, et par des collectivités comme l'Agglomération du Choletais.

Peux-tu te présenter en quelques mots ?

Je suis Oudavone, j'ai 40 ans et je suis d'origine laotienne. Après dix ans dans un grand groupe où j'ai acquis une solide expérience en gestion de projets, transformation des équipes et engagement collaborateurs, j'ai ressenti le besoin d'entreprendre et de créer quelque chose qui ait un impact concret. C'est cette envie d'action mesurable qui m'a conduite à fonder Go Fusion, puis Agents Fusion.

J'ai aussi un profil tech. Je conçois et pilote nos agents IA et notre architecture, ce qui me permet de garder la maîtrise complète de la chaîne, du choix des modèles à l'hébergement et à la sécurité des données. Quand on parle de souveraineté et de frugalité, ce ne sont pas des arguments marketing : ce sont des décisions techniques que je prends moi-même.

Qu’est-ce qui t’a poussé à lancer Go Fusion et Agents Fusion ?

Deux choses. D'abord, mon expérience de dix ans dans un grand groupe où il m'était difficile d'embarquer et de sensibiliser les équipes sur des projets à fort enjeu environnemental et sociétal. Les outils traditionnels ne suffisaient pas à créer l'engagement nécessaire pour faire bouger les lignes. J'ai compris qu'il fallait inventer autre chose.

Ensuite, mon histoire personnelle. Mon père est ouvrier laotien, et au Laos les populations subissent des bouleversements climatiques, économiques et technologiques auxquels elles n'ont pas été préparées. C'est ce mot qui compte : subir. On subit une transformation quand on n'a ni les outils ni les compétences pour la piloter.

Nos deux marques répondent chacune à un de ces manques. Agents Fusion donne les outils, et des outils souverains, parce qu'une organisation qui confie ses données à une technologie qu'elle ne maîtrise pas la subit elle aussi. Go Fusion donne les compétences, parce qu'un outil sans montée en compétence ne change rien, et parce qu'un dispositif d'apprentissage n'a qu'une finalité : faire évoluer les comportements, y compris ceux qui pèsent sur notre empreinte carbone.

Mon ambition profonde est d'agir ici, dans les pays développés, pour créer ces outils accessibles et, un jour, avec ma sœur, d'ouvrir une école au Laos pour préparer les jeunes à ces transformations. L'éducation reste le levier le plus puissant pour réduire les inégalités, mais elle ne suffit pas si l'on ne donne pas aussi les moyens d'agir.

En quoi consiste Go Fusion et Agents Fusion aujourd'hui ? Peux-tu expliquer le fonctionnement ?

Notre conviction tient en une phrase : l'IA ne crée de la valeur que lorsque les équipes la maîtrisent vraiment. Un agent IA déployé sans adoption reste lettre morte. C'est pourquoi nous faisons deux choses indissociables.

D'un côté, Agents Fusion crée des agents IA métiers. Ce sont des collaborateurs numériques spécialisés, chacun avec un nom, un visage et une fonction précise : standard téléphonique, prospection, production de contenu, veille, comptabilité, juridique, recrutement. Ils exécutent les tâches à fort volume et libèrent les équipes du répétitif. Nous proposons un catalogue prêt à l'emploi et des agents sur mesure, conçus après un audit des besoins.

Pour le secteur public, cette offre a déjà trouvé son marché sous le nom de Cabinet IA des Élus : sept agents nommés, Rose pour la mémoire institutionnelle, Iris pour les arbitrages, Liam pour la gestion de crise, Maylane pour la plume présidentielle, Charles pour la communication, Amayah pour la coordination territoriale, Louis pour le pilotage stratégique. Ils sont coordonnés par Madame Fusion, qui joue le rôle de directrice de cabinet et oriente chaque demande vers le bon agent. Recruter un cabinet de deux personnes coûte environ 150 000 euros par an. Le Cabinet IA des Élus démarre à 200 euros par mois. Et la règle est absolue : aucun agent ne décide, ne signe ni ne publie sans validation humaine.

Responsables, ces agents le sont parce qu'ils sont souverains. Ils s'appuient sur Mistral, un modèle français, hébergé sur des serveurs en France et conforme au RGPD. Pour les organisations les plus sensibles, nous installons les modèles en local : rien ne sort de chez le client.

De l'autre côté, Go Fusion forme les équipes façon Duolingo. Chaque collaborateur reçoit quotidiennement des micro-défis de 3 minutes : quiz, vidéos courtes, podcasts, challenges pratiques, générés et personnalisés par notre IA puis validés par les équipes. On apprend par petites doses, de manière ludique, avec un système de points, de niveaux et de récompenses qui entretient la motivation dans la durée. Le déploiement prend une semaine, et nos clients mesurent en moyenne 20 jours gagnés par an et par collaborateur, parce que la formation entre dans le quotidien au lieu d'en sortir les équipes.

Et il y a le Coach IA. En complément des défis, il place le collaborateur face à un avatar qui joue le client, l'administré, le manager ou le recruteur. On s'entraîne en situation réelle, pitch, négociation, accueil du public, entretien difficile, avec un feedback instantané à chaque échange. C'est là que la théorie devient un vrai réflexe.

La plateforme couvre toutes les thématiques de l'organisation : RSE, conformité IA et AI Act, cybersécurité, QHSE, soft skills, onboarding, formation métier. Le contenu peut même être créé par les collaborateurs eux-mêmes, dans une logique de collaborateur-formateur qui valorise les savoirs internes et renforce le sentiment d'appartenance. Un tableau de bord temps réel rend l'engagement mesurable.

C'est cette combinaison, l'outil et l'adoption, qui nous distingue des simples éditeurs d'agents. On peut résumer notre offre en trois mots : équiper, former, engager.

affiche Go Fusion

En quoi l'IA responsable rejoint-elle la RSE ?

Pour moi, c'est exactement le même combat. La RSE échoue quand elle reste de la sensibilisation sans passage à l'action. L'IA échoue de la même manière quand on l'achète sans former personne.

Être responsable avec l'IA, c'est quatre choses concrètes.

Choisir la souveraineté. Nos agents tournent sur Mistral, un modèle français, sur des serveurs français, et nous pouvons installer les modèles en local pour que les données ne sortent jamais de l'organisation.

Être frugal dans le choix des modèles. C'est un point trop rarement discuté. Une tâche légère ne nécessite pas un modèle puissant. Reformuler un mail ou trier une boîte de réception ne demande pas la même puissance de calcul qu'un arbitrage budgétaire. Nous sélectionnons donc, pour chaque usage, le plus petit modèle capable de faire le travail. C'est un choix d'architecture qui réduit à la fois la consommation énergétique et le coût. Installer les modèles en local va dans le même sens : moins d'allers-retours réseau, moins de dépendance à des data centers lointains.

Rendre l'empreinte visible. Nous affichons l'empreinte carbone de chaque utilisation de nos agents. Ce n'est pas seulement de la transparence, c'est de la pédagogie : quand un utilisateur voit ce que coûte une requête, il change sa façon de solliciter l'IA. C'est exactement la logique du bilan carbone individuel, appliquée au numérique. Le micro-learning suit la même philosophie : il évite l'empreinte documentaire et le temps gaspillé en formations longues qui ne s'ancrent pas.

Ne laisser personne de côté. Nos parcours sont accessibles à tous les collaborateurs, pas seulement aux profils techniques. Une transition, qu'elle soit écologique ou numérique, ne tient pas sans montée en compétence collective. L'IA responsable est donc un sujet RSE à part entière.

Quels types d'entreprises utilisent Go Fusion ?

Nous travaillons avec des grands comptes issus de secteurs très différents. Le Crédit Agricole Île-de-France déploie Go Fusion sur la partie RH : avantages collaborateurs, QVT, RSE et sensibilisation à l'IA. L'ESSCA, école de commerce, l'utilise pour l'entrepreneuriat et la santé mentale. Inéo/Equans, groupe Bouygues, s'en sert sur la RSE et la sécurité.

Et nous travaillons avec des collectivités. L'Agglomération du Choletais a déployé Go Fusion auprès de ses agents et de ses citoyens pour accompagner son PCAET, et le Cabinet IA des Élus est aujourd'hui commercialisé auprès des élus locaux.

L'entrée en vigueur de l'AI Act représente par ailleurs une opportunité majeure. Toute organisation qui déploie ou utilise des systèmes d'IA doit désormais garantir que ses équipes sont formées aux enjeux éthiques, juridiques et techniques. Nous répondons à ce besoin avec des parcours courts, concrets et actualisés en continu, accessibles à l'ensemble des collaborateurs.

Pourquoi les noms "Agents Fusion" et "Go Fusion" ? Que symbolisent-t-ils ?

Il y a deux lectures, et elles se complètent.

La première renvoie au triangle de l'inaction : cette mécanique où chacun attend que l'autre bouge en premier. Les citoyens attendent les entreprises, les entreprises attendent les pouvoirs publics, les pouvoirs publics attendent les citoyens, et personne n'agit. Fusion, c'est le refus de ce triangle. L'idée est de fusionner tout l'écosystème, entreprises, citoyens et collectivités, pour transformer l'inaction en cercle vertueux d'action.

La seconde lecture est arrivée avec l'IA. Fusion, c'est aussi la rencontre entre l'humain et la machine, entre l'outil et l'adoption. Un agent seul ne sert à rien, une formation seule ne suffit pas. C'est la fusion des deux qui produit un résultat. D'un côté Agents Fusion, qui équipe. De l'autre Go Fusion, qui forme et engage. Une même main, deux temps.

Qu’est-ce qui t’a particulièrement marqué ou rendu fière depuis le lancement ?

Le lancement à Cholet, une collectivité, m'a beaucoup marquée : l'enthousiasme des participants était palpable. J'ai aussi eu l'occasion de déployer l'application dans des lycées, avec des défis validés par les équipes éducatives. Mais ce qui me rend le plus fière aujourd'hui, c'est de voir des grands groupes comme le Crédit Agricole Île-de-France et Inéo/Equans adopter la plateforme, et des élus locaux nous confier leur cabinet. C'est la preuve que le modèle fonctionne à grande échelle et que la formation responsable peut aussi être une formation efficace.

Quelles sont les prochaines étapes ou les projets à venir ?

Nous sommes en pleine accélération. Notre axe fort est le déploiement des agents IA dans les collectivités avec le Cabinet IA des Élus : des agents pensés pour le quotidien des services et des élus, associés à la formation des agents publics et à l'engagement citoyen. C'est un terrain où la souveraineté et la sécurité des données sont essentielles, et où notre approche, modèles français hébergés en France et installables en local, fait toute la différence.

Nous enrichissons en parallèle le catalogue d'agents métiers pour les entreprises, avec la même exigence : le bon modèle pour le bon usage, l'empreinte carbone affichée, et jamais de décision prise sans validation humaine.

Notre autre chantier est le Coach IA. C'est là que se joue la vraie montée en compétence : s'entraîner face à un avatar, en situation réelle, avec un feedback immédiat. Nous étendons les scénarios à tous nos univers, du commercial à l'accueil du public, en passant par la gestion de conflit et l'entretien professionnel.

Sur le plan commercial, nous disposons d'une pipeline qualifiée de grands comptes à convertir.

À titre personnel, peux-tu me donner quelques exemples de gestes écologiques que tu réalises au quotidien ?

Je suis fan de mon vélo. Lorsqu'il était en panne une semaine, j'ai préféré limiter mes déplacements plutôt que de prendre la voiture. Un autre geste auquel je tiens est d'utiliser une petite poubelle de compost que je dépose régulièrement dans la benne à compost près de chez moi. Cela peut sembler contraignant pour certains, mais pour moi, c'est naturel.

Pour en savoir plus découvrez le site internet de Go Fusion ainsi que les agents IA.

Merci à Oudavone pour le temps accordé, nous te souhaitons un grand succès !

1 Commentaire(s)

  1. Philippe Nicolas
    10/07/2025
    Bravo Oudavone pour cette initiative importante !

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