Rencontre avec Annick Kichenama, cheffe de service de la Ressourcerie IMAJ

Annick Kichenama, Ressourcerie IMAJ

En 2016, quand la Ressourcerie IMAJ ouvre ses portes à Villiers-le-Bel, les habitants du Val d'Oise ne connaissent pas encore vraiment le mot "ressourcerie". Dix ans plus tard, Annick Kichenama, cheffe de service, pilote une structure qui dépassera les 200 tonnes d'objets collectés en 2026, emploie une vingtaine de personnes éloignées de l'emploi et développe désormais ses actions jusqu'en entreprise. Rencontre avec une femme qui a vu changer les mentalités autour du réemploi.


Une ressourcerie, c'est quoi exactement ?

La question mérite d'être posée, car la confusion persiste encore parfois avec une friperie, un vide-grenier ou une déchetterie. Annick a la réponse précise. « La Ressourcerie IMAJ a vocation à donner une seconde vie aux objets via le réemploi. Mais en réalité, on poursuit trois objectifs simultanément : un objectif environnemental, un objectif d'insertion par l'activité économique, et un objectif social. »

La Ressourcerie IMAJ est rattachée à l'association IMAJ 95, dont le cœur de métier historique est l'accompagnement du public jeune. La ressourcerie, créée en 2016, était la première du Val d'Oise. Depuis, elle a déménagé deux fois et est installée depuis 2024 au 12 rue des Entrepreneurs à Villiers-le-Bel, dans la zone des Tissonvilliers.

« Pour moi la Ressourcerie, c'est un très joli laboratoire d'innovations sociales et environnementales pour tout le public du territoire. »


Un chantier d'insertion

La spécificité de la Ressourcerie IMAJ par rapport à une boutique de seconde main classique, c'est son statut de chantier d'insertion. Concrètement, cela signifie qu'elle emploie des personnes éloignées de l'emploi via des contrats à durée déterminée d'insertion (CDDI) qui vont de 4 mois à 2 ans.

« Un des objectifs de l’insertion étant la mise en emploi, nous travaillons à la fois sur des savoir-faire techniques et des savoir-être professionnels avec les salariés en parcours. On ne recrute pas forcément des vendeurs ou des collecteurs, mais on les forme sur les différents postes avec toujours un regard bienveillant et patient sur la production, parce que c’est le principe même des chantiers d’insertion.»

Aujourd'hui, la Ressourcerie IMAJ emploie une vingtaine de salariés en insertion, encadrés par des permanents qui garantissent la continuité de l'activité. Des conseillères en insertion socio-professionnelle accompagnent en parallèle chaque salarié pour lever les freins périphériques : logement, mode de garde, santé, dettes, démarches administratives.

« Ce qui est touchant, c'est quand les gens reviennent nous voir après à la ressourcerie et nous parlent de leur parcours : «Aujourd'hui je suis en CDI, j'ai tel enfant, je vis en couple. » Ils gardent ce lien-là parce que c'est toujours la même équipe depuis le début. »

Equipe Ressourcerie IMAJ, Villers-le-bel


Le quotidien : collecter, trier, réparer, revendre

Comment ça fonctionne pour les dons ?

« 80% des dons se font via l'apport volontaire. Ce sont des gens qui spontanément viennent nous donner leurs objets, parce qu'ils n'en ont plus l'utilité, et pour ne pas les jeter. Et pour les personnes non véhiculées ou pour les objets volumineux, on a des camions et des chauffeurs qui peuvent se déplacer à domicile, gratuitement sur notre territoire d'implantation ou avec une petite participation aux frais pour les zones plus éloignées. »

La Ressourcerie accepte tout ce qu'on trouve dans une maison : meubles, vaisselle, jouets, livres, vêtements, articles de sport, électronique, mercerie... Avec quelques exceptions pour des raisons d'hygiène ou de sécurité.

Boutique de la Ressourcerie IMAJ, Villers le Bel


Le tri et la réparation : le gros du travail

« Une grande partie du travail en ressourcerie, c'est le tri et le nettoyage. En effet, on va vérifier, tester, contrôler et nettoyer chaque objet pour qu'il soit réemployé plus facilement. On peut être amenés à changer une poignée, à réparer des équipements électriques et électroniques dans un atelier dédié si la réparation est économiquement cohérente par rapport au prix de revente. »

Et pour les objets vraiment cassés ou abîmés, la Ressourcerie IMAJ a développé une approche créative bien à elle. « On a toujours eu un axe créatif. On fait ce qu'on appelle l'upcycling : des objets qui ne sont plus utilisables dans leur fonction première vont être détournés et valorisés via la récupération créative. Une assiette ébréchée peut devenir un objet de décoration. On transforme des t-shirts, des chaussettes…»

Les gens nous disent souvent en entrant : c'est la caverne d'Ali Baba ! On a des robes de mariées, des uniformes d'armée, des objets très anciens qu'on ne retrouve plus en commerce... et des fois, des armes blanches qu'on remet à la police.


L'impact en chiffres

Les données 2025-2026 de la Ressourcerie IMAJ donnent le vertige. En termes de tonnage collecté, la progression est constante et significative.

"En 2025 166t collectées, sachant qu’en 2026, on est déjà à 167t au 30 septembre.

En 2025, 90 % des objets collectés par la Ressourcerie ont été valorisés : 60% via le réemploi (boutique et éco-organismes) et 30% via le recyclage (éco-organisme)"

Autrement dit, seulement 10% des objets collectés partent réellement en déchets. Un chiffre remarquable, rendu possible par les partenariats avec des éco-organismes qui traitent par matière et par filière.

Boutique IMAJ, ressourcerie Villers le bel


La boutique solidaire : ouverte à tous, pas qu'aux petits budgets

La boutique de la Ressourcerie IMAJ est ouverte à tous les publics, sans condition de ressources. Annick insiste sur ce point : « Ce n'est pas une boutique dédiée à un public en précarité. C'est vraiment ouvert à tout le monde. On a des familles, des gens qui viennent pour le pouvoir d'achat, des acheteurs responsables qui font le choix de la seconde main par principe, des collectionneurs, des chineurs... »

Et cette clientèle est fidèle. « On a des gens qui viennent à chaque jour d'ouverture depuis 10 ans. À l'ouverture du mercredi ou du samedi, il y a une petite queue qui attend parce qu'ils savent qu'il y aura des nouveautés. »

Ouverture de la boutique le mercredi et samedi de 11h à 18h et le vendredi de 14h à 18h.

Dépôt uniquement le mercredi et vendredi (pas le samedi).

Les mardis et jeudis sont réservés au réassort complet de la boutique, ce qui garantit aux visiteurs de toujours trouver de nouvelles pépites à chaque ouverture.

Lampes upcyclées créées par la ressourcerie IMAJ


La sensibilisation et le virage vers les entreprises

Depuis ses débuts, la Ressourcerie IMAJ ne se contente pas de collecter, valoriser et revendre. Elle sensibilise. D'abord au service des bailleurs sociaux du territoire pour lutter contre les dépôts sauvages dans les quartiers, puis progressivement vers les villes et les collectivités. « On peut aller au cœur des quartiers avec des ressourceries délocalisées : collecte, boutiques éphémères, ateliers de récupération créative, troc d'objets... »

Et depuis quelques mois, un nouveau cap : les entreprises.

« Les entreprises, dans le cadre de leur politique RSE sont de plus en plus sensibles à accompagner leurs salariés vers des démarches responsables. On a mis en place un catalogue dédié et on essaie de s'adresser à elles. C'est une nouvelle façon de travailler pour notre équipe. On était habitués au grand public, là on s'adresse à des salariés. Il faut changer le langage, l'approche, la façon de sensibiliser. »


Ce qui change dans les mentalités autour de la seconde main

En dix ans, Annick a vu une évolution profonde. « En 2016, le terme ressourcerie n'était pas connu. Aujourd'hui, les gens connaissent. C'est un peu comme le changement climatique : il y a dix ans, quand on en parlait, les gens ne réagissaient pas. Aujourd'hui, avec les canicules, on en entend beaucoup plus parler. »

Mais elle nuance. Deux types de réemploi coexistent et parfois se confondent dans l'esprit du grand public : le réemploi lucratif (Vinted, Le Bon Coin, Easy Cash, rayons seconde main dans les magasins de vêtements…) et le réemploi solidaire, porté par des structures associatives à but non lucratif comme la Ressourcerie IMAJ, où la revente participe à un projet global d'insertion et de sensibilisation.

Boutique ressourcerie IMAJ


Des projets à venir

En mai 2026, IMAJ a ouvert deux nouvelles boutiques sur Bouffémont : une boutique dédiée aux objets et une friperie, mais elle ne s’arrête pas là.

« Nous avons un autre projet du côté de Puiseux-Pontoise pour début 2027, où il y aura une ressourcerie qui sera attenante à une déchetterie, donc un nouveau concept avec un bel espace de vente, un espace dédié à la sensibilisation avec une matériauthèque… »

Depuis septembre 2026, des ateliers zéro-déchets sont proposés en boutique les mercredis et samedis, surtout pour un public jeune, mais pas que !


Pour finir, nous avons posé à Annick notre traditionnel question sur son geste favori pour réduire ses déchets à la maison.

« Mon geste zéro déchet à la maison, c'est de réparer ou de relooker ou de transformer un objet pour ne pas le jeter. J‘ai pour habitude de garder mes vêtements très longtemps parce que je vais les personnaliser, les upcycler. »


Comment contacter et soutenir la Ressourcerie IMAJ ?

Pour donner vos objets, venir faire de bonnes affaires en boutique ou organiser une action de sensibilisation avec la Ressourcerie IMAJ, plusieurs options :

📍 Ressourcerie IMAJ - 12 rue des Entrepreneurs, Villiers-le-Bel (95400)

📍  L’Atelier des Fripes – Le Comptoir des Objets - place Vauban, Bouffémont (95570)
📞 01 39 86 70 10

Email : laressourcerie@imaj95.fr

Suivez-les sur Instagram.

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